Le bronze pour se consoler
L'équipe de France de basket a décroché la médaille de bronze à l'Euro en dominant largement une équipe espagnole, loin de son meilleur niveau (98-68). Emmenés par un duo Mickaël Pietrus-Tony Parker insolent de réussite, les Bleus ont terminé la compétition sur un festival offensif.
Par Gilles Festor
Le lendemain d'une cruelle désillusion face à la Grèce en demi-finales de l'Euro (77-76), L'équipe de France de basket retrouvait l'Espagne avec pour enjeu une place sur le podium de l'Euro 2005 Un adversaire qui a rarement souri aux Bleus par le passé : en 1991, les Espagnols avaient repoussé au pied du podium les Tricolores au cours de l'Euro disputé en Italie et huit ans plus tard avaient privé les coéquipiers d'Antoine Rigaudeau d'une finale européenne en France. Mais comme son adversaire, l'Espagne devait aussi se relever d'un revers traumatisant la veille en demi-finales sur un tir dans les dernières secondes de la star allemande NBA Nowitski.
Réussite à trois points
Le panier à trois points d'Antoine Rigaudeau qui ouvrait le score au tableau d'affichage ne masquait pas longtemps une entame de match approximative des Bleus, notamment en défense. Laissant la meilleure attaque de l'Euro trouver facilement des positions de tirs, les Français encaissaient neuf points d'affilée (3-9). Laissé libre de tout marquage Navarro, le meilleur marqueur de la compétition (26,8 points), plaçait un panier à trois points de huit mètres qui faisait mal. Plus agressifs en défense par la suite, l'équipe de France recollait au score grâce à deux dunks rageurs et un panier à trois points de Mickaël Pietrus, meilleur joueur tricolore du début de rencontre (15-16). Gênés par la défense en zone des Espagnols, les Tricolores contournaient le bloc adverse en s'appuyant sur l'adresse à trois points de Gelabale puis Parker pour terminer le premier quart temps sur une équité (21-21).
Partie sur des bases très offensives, la rencontre basculait en faveur des protégés de Claude Bergeaud avec une adresse hors de la raquette toujours aussi redoutable (55% de réussite). A la peine en défense, les Espagnols accusaient un retard de 9 points à cinq minutes de la mi-temps (34-25). Bien en jambes, Frédéric Weis, souverain au rebond sous le panier adverse, poussait les Espagnols à la faute et obligeait Navarro, le leader ibérique en l'absence de Pau Gasol, à se faire sanctionner pour la troisième fois. L'appelé de dernière minute de la sélection hexagonale se montrait aussi efficace sur ses lancer francs que sur ses tentatives. Une réussite (8 points) qui permettait à ses coéquipiers de rejoindre les vestiaires avec une avance confortable de huit points après un dernier halley-hoop de Gelabale sur un service (volontaire ?) de Giffa (44-36).
Les Bleus se font plaisir
Plongeant sur les pénétrations de Tony Parker au retour des vestiaires, les Espagnols laissaient Gelabale alourdir la marque. Devant, les affaires ibériques ne s'arrangeaient pas, à l'image d'un marché inhabituel de Reyes qui perdait tout son basket, étouffé par la présence des 2,17 mètres de Weis dans la raquette. La fébrilité offensive des hommes de Pesquera se faisait ressentir avec de nombreuses fautes que Mickaël Pietrus ne manquait pas de convertir en lancer francs (59-43) Intenable, le joueur des Golden State Warriors corsait l'addition avec un panier à trois points qui reléguait les Espagnols, complètement hors du coup, à 19 longueurs (65-46). La défense adverse aux abonnés absents, Tony Parker y allait de son petit show pour inscrire un nouveau panier portant à 19 points son compteur personnel. Le star des Spurs s'offrait en sus les acclamations d'une Belgrade Arena sous le charme (75-54).
Dans le dernier quart temps, la France déroulait face à des adversaires qui avaient démissionné depuis de longues minutes malgré le réveil tardif de leur meilleur marqueur, Navarro (17 points), en fin de rencontre. Insolent de réussite à trois points (5/7) Mickaël Pietrus guidait les siens vers le succès et laissait Tony Parker s'amuser en fin de rencontre pour terminer meilleur marqueur de la partie (25 points). En s'imposant (98-68), l'équipe de France s'offre une médaille de bronze, attendue depuis 1959 dans une compétition européenne, qui rend la défaite face aux Grecs un peu moins amère.
Match pour la 3e place :
France - Espagne 98-68
De si belles promesses
Passée la déception de l’élimination en demi-finale, l’équipe de France a su trouver les ressources pour aller décrocher la médaille de bronze face à l’Espagne (98-68). Le premier podium européen de la France depuis 1959. Et le premier fait d’armes de la génération Parker désormais ambitieuse.
Par Emmanuel Quintin
Une médaille historique
Quarante minutes pour effacer quarante-six ans de vaches maigres. Avant la médaille de bronze décrochée dimanche par la bande à Parker, l’équipe de France n’était plus montée sur un podium européen depuis 1959. Une éternité, un autre âge même pour ces Bleus-là, nés pour la plupart dans les années 80. Vingt-quatre heures après la terrible désillusion d’une finale européenne envolée à trois secondes près face à la Grèce (66-67), les Tricolores ont su se remobiliser et aller chercher une médaille de bronze, qu’ils n’avaient pas su conquérir dans des circonstances similaires il y a deux ans à Stockholm. «On s'est servi de l'expérience de la Suède pour faire mieux cette fois», expliquait Boris Diaw, désigné dans le cinq majeur de cet Euro pour l’ensemble de ses performances (13,7 points par match, 5,3 rebonds, 3,4 passes, 1 interception et 1,3 contre). Si l’équipe de France avait implosé entre sa demi-finale perdue face à la Lituanie et le match pour la troisième place contre l’Italie en 2003, les Bleus, cette fois, sont restés concentrés sur leur sujet et ont fait ce qu’il fallait pour dominer, surclasser même (98-68), une Espagne peut-être pas totalement remise, elle, de son élimination face à l’Allemagne. «Il y a deux ans, après la défaite face à la Lituanie, nous n’étions pas prêts à jouer la médaille de bronze contre l’Italie. Cette année, nous n’avons pas fait la même erreur», se félicitait Tony Parker sur le site officiel de l'Euro.
Pour Diaw, Parker, Florent Pietrus et Cyril Julian, les quatre rescapés de l’aventure suédoise, ce podium efface définitivement le fantôme de Stockholm. Et pour tout le basket tricolore, il restera dans les annales, au même titre que la médaille d’argent des JO de Sydney. «Le basket français est heureux ce soir. Cette médaille est historique puisque la France n'était plus montée sur un podium européen depuis 1959. Nos résultats en jeunes sont excellents depuis de nombreuses années mais il nous fallait concrétiser cela par une performance chez les A. C'est fait», savourait Claude Bergeaud, pas toujours épargné par les critiques depuis le début de la préparation, notamment concernant ses choix de joueurs (mise à l’écart de Digbeu, retour de Weis). Au moment d’aller chercher leur récompense sur le podium de Belgrade, les Tricolores n’oubliaient pas non plus qu’ils revenaient de loin, et que cet Euro aurait très bien pu tourner court. Après le premier tour, les Bleus, battus deux fois en trois matches, avaient plus de doutes que de certitudes et ce n’est qu’au pied du mur, contre la Serbie-Monténégro en barrages à Novi Sad, qu’ils ont su se retrouver. «On aurait pu être en France depuis cinq ou six jours déjà, à trois points près contre la Serbie-Monténégro. On est revenu de loin, on a eu un parcours difficile: c'est sympa de savoir qu'on n'a pas travaillé pendant un mois et demi pour rien, sans avoir quelque chose autour du cou», faisait remarquer Boris Diaw.
Déjà tournés vers l’avenir
Si TP, aux abonnés absents au premier tour (14 points, 4 passes en trois matches), a retrouvé son basket au meilleur moment, lors des matches couperets, et s’il a terminé ce Championnat d’Europe en trombe (meilleur marqueur face à l’Espagne avec 25 points), cette médaille de bronze est avant tout la récompense d’un travail collectif. «Tout au long de la compétition, nous avons cherché à démontrer que la force d'un groupe est bien supérieure à la somme des individualités. Je pense que nous avons réussi», déclarait, pas peu fier, Claude Bergeaud sur le site de la Fédération française. Le premier tour mis à part, le sélectionneur national a, à chaque match, pu compter sur un effectif où chacun faisait l’effort pour l’autre et ou personne ne cherchait à tirer la couverture à lui. Au moment où Parker balbutiait son basket, tous les joueurs sont ainsi venus lui témoigner leur confiance, ce qui n’est sans doute pas étranger à la renaissance du meneur des Spurs face à la Serbie et dans les rencontres suivantes. Symbole de cet état d’esprit, de cette solidarité des Bleus, Frédéric Weis. Arrivé sur la pointe des pieds, le pivot de Bilbao ne devait être qu’un élément de plus dans la rotation tricolore. Il fut bien plus que cela, réalisant notamment une énorme performance défensive contre la Lituanie (11 rebonds) dans le match qui a donné aux Bleus leur ticket pour le Mondial 2006. Encore énorme de courage et de volonté en demi-finale contre les Grecs (9 rebonds), le géant blond a repris goût au maillot bleu, au point de ne plus vouloir le quitter. «Sydney et ce soir (Ndlr : dimanche soir), ça fait partie des plus beaux moments de ma carrière. J’ai fait passer le message à tout le monde, au Japon je serai là», clamait l’ancien Limougeaud dans les colonnes de L'Equipe.
Car désormais reconnue sur le plan européen, cette équipe veut maintenant grandir encore et montrer au monde entier qu’en France aussi, on sait jouer, et plutôt bien jouer, au basket. Championne d’Europe juniors en 2000, médaillée de bronze cette année chez les A, la génération Parker, Diaw, Pietrus a soif de victoires et de titres. «On est ambitieux, on est jeunes et on va essayer d'y aller le plus loin possible», expliquait Boris Diaw à l’évocation du Mondial japonais. «On a fait un grand pas en avant pour le basket français parce que maintenant on va arrêter de dire qu'on perd tout le temps. Et aussi pour l'avenir parce qu'on a une génération qui est championne d'Europe juniors et médaille de bronze maintenant. Il faudra compter sur nous, ce n'est pas fini», promet pour sa part Tony Parker sur son site officiel. Qu’on se le dise, ces Bleus, boostés par cette médaille de bronze, n’iront pas au Japon pour faire du tourisme. Et avec les renforts possibles de Johan Petro ou Ronny Turiaf, on a hâte de voir ce que cette équipe peut donner au niveau planétaire. Rendez-vous dans un an !

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